L’abbatiale : vue d’ensemble

Introduction : émission RCF sur l’abbatiale

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1. L’équilibre roman

L’abbatiale de Beaugency nous oblige à remiser nos clichés sur l’art roman aux oubliettes… Nous avons tous appris à l’école que cet art se caractérise par des formes rondes et massives : voûtes en berceau, arcs en plein-cintres, maçonnerie épaisse épaulée par de contreforts. Rien de tel ici !

Et pourtant ! L’édifice obéit en tous points aux principes de l’architecture romane. Pour comprendre, il faut s’intéresser à la vocation de l’art roman.

Ainsi son but est-il toujours de ramener les forces obliques à des charges, autrement-dit ramener une force d’écartement à une simple pesanteur. Cela entraîne des solutions variées selon les régions et les architectes. Ici, la voûte, le transept et la luminosité du choeur ne cadrent pas avec notre imaginaire classique de l’art roman.

Vue d'ensemble de l'abbatiale de beaugency
Vue d’ensemble de l’abbatiale de Beaugency (Copyright Abbaye enchantée 2016)

2. Les spécificités du roman dans le Val de Loire

Outre la sensation de lumière et de légèreté due à un architecte novateur (cf. choeur), il faut évoquer deux autres curiosités qui sont en réalité une marque de l’art roman en val de Loire.

D’une part, la quasi totalité de l’édifice – à l’exception d’une partie du chevet – était couverte d’une charpente en bois, et non de la traditionnelle voûte en berceau. On notera au passage que la charpente a été remplacée par l’actuelle voûte en bois d’inspiration gothique après l’incendie de 1568. D’autre part, le transept est très peu saillant, ce qui restreint le développement des chapelles privées  pourtant si cher à la liturgie romane.

La charpente en bois et le transept peu saillant sont des références claires aux premières églises chrétiennes. Celles-ci, conçues sur le modèle de la basilique antique, étaient constituées d’une longue nef et d’une abside semi-circulaire, sans transept. Le plan en croix latine ne s’imposera que plus tard dans l’Occident chrétien. Ces emprunts à l’architecture paléochrétienne s’inscrivent dans le courant de la réforme grégorienne, marquée par la volonté de retour à la pureté des origines : pureté des mœurs, pureté des formes.

Actuelle charpente de l’abbatiale de Beaugency masquée par la voûte néogothique (Copyright Abbaye Enchantée 2016).

Ces choix sont le fait des chanoines. Si Raoul de Beaugency est bienveillant à l’égard des idées réformatrices, il n’en demeure pas moins seigneur et maître en sa citadelle. Difficile pour lui de se soumettre à une architecture par trop humble qui négligerait de le magnifier. Les proportions imposantes de l’abbatiale rappellent sa puissance autant qu’elles louent Dieu : 65 m de long pour 25 m de large, avec un chœur profond de 15m. Ainsi l’architecture de l’édifice traduit-elle la tension entre la volonté de simplicité des chanoines et le désir des seigneurs d’exalter leur gloire personnelle.

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