Historique de l’église st-jean-baptiste de tavers

Chronologie

  • Avant 1080 : un édifice en bois ? dans une zone funéraire (et cultuelle ?) ancienne
  • Vers 1080 : Construction de l’église romane primitive, dédiée à St Jean, dans le cimetière du village. A côté, au sud de la nécropole, on érige un baptistère qui deviendra l’église St-Martin, puis prieuré. Dédicace à St Martin et St Jean.
  • 1568 : L’église romane est incendiée par les soldats protestants de Coligny, lors des guerres de religion.
  • 1617 : Réparations permettant de reprendre le culte. L’église est alors dédiée à St-Martin.
  • 1793 : Translation des reliques de Notre-Dame des Aydes de Beaugency. Transfert d’autres tableaux : dévotion à Ste Ursule, ND du Rosaire ? Interruption du culte pendant 2 ans, avec la Terreur. Puis retour progressive au culte. Les habitants de Tavers restent majoritairement attachés à la foi catholique.
  • 1795 : Reprise du culte.
  • XVIIIe-XIXe : Développement des grandes processions, notamment procession de St Vincent, patron des vignerons.
  • 1862-64 : Reconstruction de l’église dans un style néogothique sous l’impulsion de l’abbé Lelong. Culte de la Vierge (cycle) et des saints anciens.
  • 1898 : Consécration à St JB, patron des tonneliers.
  • Années 30 : Mémorial aux Poilus (1928) ; vitrail des Poilus (1935). Culte de Ste Jeanne d’Arc, Sacré Coeur, Ste Thérèse de Lisieux.

Le contexte d’implantation

Les fouilles ont révélé :

  • de nombreux tombes et sarcophages gallo-romains, bouleversés partiellement par la construction de l’édifice roman.
  • un édifice funéraire tardif (IVe – Ve s.) marqué par plusieurs états d’occupation, sous le sol, puis sur le sol. Mais celui-ci a été démonté. Hypothèse d’un démontage avant le raid viking de 865.
  • des tombes mérovingiennes.
  • une extension maximale de la nécropole (soit 6 à 8 fois l’emprise du cimetière actuel) du VIIIe au Xe.

Ces observations conduisent à penser qu’il y avait là un haut lieu cultuel, sans doute dès l’époque celtique. Difficile d’identifier le processus de christianisation de cet espace : l’édifice funéraire peut-il s’apparenter à un martyrium ? S’agirait-il d’une sépulture collective d’aristocrates celtes, réemployée pour accueillir la dépouille ou les reliques d’un « saint homme », selon la formule de Peter Brown ?

Il est certain que le développement du culte de St Martin de Tours a largement contribué au processus de christianisation. Tavers se trouvait en effet sur la route des pèlerins de Compostelle, dont le tombeau de St Martin, à Tours, marquait une étape importante. Et l’on sait que St Martin est l’un des premiers saints dont le culte s’est répandu en Gaule, contribuant à une première christianisation du territoire.

Toujours est-il qu’au XIe s., le culte chrétien est bien adopté puisque les habitants construisent au cœur du village une église et un baptistère en dur.

Les guerres de religion de Beaugency à Tavers

En 1517, Luther publie ses 95 thèses sur les portes de l’église de Wittenberg. Dix ans plus tard, de 1526 à 1533, Calvin fait ses études à Orléans, activant la diffusion des idées réformistes dans la région. Le conflit s’enracine. En 1567, les soldats huguenots du général Coligny incendient l’abbatiale de Beaugency. En 1568, c’est au tour de la petite église St Jean-Baptiste de Tavers d’être brûlée.

Ce sont surtout les milieux lettrés des bourgeois, des citadins ou encore des seigneurs, qui sont séduits par la nouvelle religion. A Tavers, les seigneurs sont devenus protestants. Tandis que le petit peuple, comme dans la plupart des villages, demeure foncièrement catholique. Aussi, le culte y est-il rétabli dès 1617, tandis qu’il reprend seulement en 1647 à Beaugency.

Les cahiers de doléance

Point besoin de rappeler qu’en 1789 commence la période révolutionnaire. Les cahiers de doléance de Lestiou, petit village voisin permettent d’imaginer la situation à Tavers :

  • Depuis le détournement du cours de la Loire et l’abandon du port, la malaria se répand. On réclame des hopitaux pour les villages : « Les hôpitaux pour les personnes âgées et sans ressources n’existent que dans les villes et ne reçoivent que les gens qui y sont nés. »
  • Les frais de procès et de justice sont considérés comme exharbitants.
  • L’interdit du mariage entre parents relativement proches pèse sur les plus modestes, tandis qu’il est facilement levé moyennement finance pour les privilégiés.
  • On demande un système de perception directe – évitant toute corruption -, et la suppression des taxes sur le vin.

L’édifice à l’épreuve de la Révolution

L’année suivante, Lassausse (ou Lasserre selon les sources), le prêtre de Tavers, signe le serment à la Constitution, sans doute sans grande conviction.

A Beaugency, les églises subissent la Révolution de plein fouet. En 1793, la statue de Notre-Dame des Aydes est transférée à Tavers afin d’être protégée. C’est sans doute le lot de la plupart des œuvres du XVIIe qui habillent l’édifice. On pense au tableau de la Vierge du Rosaire, qui n’est pas sans évoquer le tableau du même sujet qui orne l’abbatiale. Le tableau de St Ursule interpelle également quand on sait que le couvent des Ursulines de Beaugency a également souffert des événements et que Ste Ursule était leur patronne. Il faut aussi mentionner le tableau d’Abraham au chêne de Mambré qui date peut-être du XVIIe s.

Lassausse est probablement incarcéré peu de temps après la translation, car l’église est fermée au culte cette même année. En 1795, il rentre au pays et ajoute à sa casquette de prêtre, celles d’instituteur, puis de maire, assurant au culte catholique sa continuité. Celui-ci se maintiendra jusqu’à la fin du XXe s., malgré la crise des années 1870-1910.

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